-"Hâtons nous mes amis, notre route est encore longue ! s'écria Andariel réveillant ses compagnons qui peinaient à ouvrir les yeux. Il nous est nécessaire de laisser nos montures ici. Le chemin que nous devons emprunter est trop étroit pour eux. N'ayez crainte seigneur Hiimoran, je sais que chez vous les chevaux tiennent une place cher à votre c½ur, autant que pour nous les elfes. Mon fidèle Téclis les ramènera à Tùlobor. »
Après avoir détaché sa monture non sans regret, Hiimoran regarda son fidèle destrier s'enfuir, suivant aveuglement le fidèle Téclis.
Les trois compagnons se remirent en route, chargés désormais de tous les biens qu'ils avaient emporté. Ils progressaient à travers la grotte, désormais éclairée par la seule lueur des stalactiques omniprésentes à chaque recoins. Hiimoran restait toujours silencieux, trop occupé à trouver le moyen de faire cesser l'effroyable douleur que lui causait son armure, cisaillant à chaque pas la chaire de son épaule. Pendant ce temps, Mécayar et Andariel débattaient de la génalogie des nains, qui, selon Mécayar, descendraient directement des titans.
« -Ecoutez ! s'écria soudain Hiimoran. Il y a une chute d'eau !
-Ah, nous y voilà enfin, répondit Andariel tout sourire, ce sont les chutes de Gamanon. »
Ils continuèrent à avancer jusqu'à la sortie de la grotte, guidés par une lumière presque aveuglante. Là, une étroite corniche contournait le petit lac dans lequel se déversaient dans un bruit presque mélodique les chutes d'eau. L'étendue était d'un bleu cristallin et la verdure égayait harmonieusement le cours d'eau dont les quelques remous s'échouaient non loin de là, berçant les herbes de leur puissance disparue.
C'est à cet endroit que les trois compagnons décidèrent de se reposer quelques instants.
« -Voilà enfin du repos bien mérité ! s'écria Mécayar tout en s'affalant dans l'herbe.
« -Je n'aime pas cet endroit, rétorqua sobrement Andariel.
-Et pourquoi donc dame Elfe ? Tout y est paisible ! Nous assistons à un magnifique couché de soleil, l'eau est clair et l'herbe grasse !
-Le problème, maitre nain, c'est qu'il n'y a personne ici, pas même un simple oiseau ne s'est aventuré en ces lieux pourtant si paisibles, répondit froidement Hiimoran.
-Restons sur nos gardes, prenons juste un peu de repos et partons, ajouta Andariel.
-Où se trouve Aeran ? demanda Mécayar tout en buvant l'eau du lac à grosses lampées.
-Plus au nord, rétorqua la jeune elfe qui s'était à présent levée, bandant son arc qu'elle pointait vers l'eau.
Soudain l'eau si claire et paisible se mit à changer de teinte. De la boue remontait des profondeurs du lac, transformant le havre de paix en marais puant suintant la peur et l'effroie.
« -Allons nous en ! s'écria Hiimoran. Nous n'avons que trop trainé en ces lieux. Andariel, venez !
Mais l'elfe ne répondait pas. Son regard était à présent devenu livide et celle-ci ne semblait même plus maitre de ses mouvements. Elle s'avançait à présent dans l'eau boueuse et agitée du lac, ne se souciant guère des cris que lançait Hiimoran et Mécayar, accourants désormais vers elle.
A l'instant ou Hiimoran allait lui saisir le bras, elle fut comme araché vers les profondeurs.
« -Restez là maitre nain ! je vais la chercher.
-Non ! s'écria Mécayar dont le sourire habituel avait laissé place à un air grave et déterminé. Votre armure vous ferait sombrer avec dame Andariel. »
Les deux compagnons assistaient impuissants à la scène, regardants disparaître le corps de la jeune elfe dans la noirceur des flots désormais déchaînés.
« -Aidez-moi ! aidez-moi !
-C'est la voix d'Andariel ! s'écria Hiimoran.
-On dirait qu'elle provient de derrière la cascade, venez seigneur ! Il doit y avoir une caverne de l'autre côté des trombes d'eau. »
Les deux compagnons se jettèrent aveuglément sous les chutes sans perdre un instant. Ils débouchèrent comme ils l'avaient prévu dans une étroite caverne dont on ne pouvait apercevoir les murs tant la lumière faisait défaut. Ils progréssèrent à tatons pendant ce qui leur sembla être trois journées complètes, toujours guidés par les cris d'Andariel qui se faisaient cependant plus rares. Néanmoins, l'idée que cette dernière était encore en vie donnait aux deux compagnons la force d'avancer dans le noir le plus complet. Leur peau était mise à rude épreuve, subissant à chaque pas le contact avec les roches, aussi aiguisées que des couteaux, mais également l'acier de leur armure qui leur sicaillait les muscles. Ils arrivèrent finalement dans une partie de la grotte éclairée par des stalactites, donnant à cet endroit aussi immense que triste, une certaine sensation de chaleur.